Quand la médecine rejoint l’environnement

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Guidées à travers le labyrinthe de couloirs du nouveau CHUM, nous suivons Dre Claudel Pétrin-Desrosiers avec curiosité. Il faut se le dire, ce n’est pas le genre de lieu où nous avons l’habitude de parler de changements climatiques. Assise devant les hautes fenêtres, la médecin-résidente en médecine familiale commence à nous partager son expérience. Présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), elle milite pour que l’angle de la santé soit au premier plan lorsqu’on parle de changements climatiques.

C’est en 2011 que Claudel prend conscience de l’ampleur des impacts des changements climatiques sur la santé des populations. La lecture du rapport publié par Lancet Countdown a été un déclencheur pour elle. «Je me suis dit, on a une immense opportunité de changer un petit peu le discours, d’attirer des gens, mais aussi de responsabiliser la profession médicale», nous explique celle pour qui s’impliquer est une vocation.

Depuis qu’elle est consciente de l’ampleur du problème, elle s’y investit sans relâche; on sent sa force de conviction dans ses paroles et son énergie. Pour elle, le changement est possible et le passé lui donne raison. Lors de la Conférence des Parties (CdP) 2014 à Lima, une délégation d’étudiant·e·s en médecine dont elle faisait partie parvient à intégrer, dans le brouillon de l’accord de Paris, un nouveau concept: celui des co-bénéfices pour la santé, soit la mise en oeuvre d’actions qui seront simultanément bénéfiques pour l’environnement et la santé des populations, telles que le transport actif, ou encore le verdissement des villes.

Depuis ce temps, Claudel participe à la formation des futures délégations d’étudiant·e·s en médecine qui iront aux CdP et accepte volontiers les invitations à parler d’environnement. Stéthoscope autour du cou, symbole de confiance, elle nous explique: «On est dans une position privilégiée comme médecin: on a des entrevues comme ça. Le monde nous donne une plateforme. On est crédible […] on a pas le choix de prendre part à la discussion.» En effet, la profession a «la possibilité de rejoindre les gens qui [ne] sont pas convaincus parce qu’[elle] parle à un public qui est très large». Cependant, la route n’est pas sans obstacles pour les médecins qui souhaitent sensibiliser sur le sujet, puisque le lien entre les changements climatiques et la santé des gens n’est pas toujours intuitif.

«On ne fait pas assez confiance collectivement en nos capacités de changer les choses, de se dire qu’ensemble on peut réussir, qu’on peut challenger le gouvernement, qu’on peut challenger les lois.» – Claudel Pétrin-Desrosiers

La complexité des enjeux et le manque de données précises sur les impacts individuels et collectifs posent certains défis lorsqu’il est question de sensibiliser la population. Claudel évoque qu’«un de nos défis, c’est de ramener [les changements climatiques] à [des] histoires individuelles», tout comme les visages humains de la transition, par exemple. Les histoires humaines nous émeuvent et nous donnent envie d’agir par empathie et par amour de nos proches. Claudel le sait aussi. Ce qu’elle souhaite promouvoir, c’est un sentiment de confiance collective et un monde dans lequel l’environnement des gens leur assure une bonne santé, autant physique que psychologique et sociale.

Quittant le CHUM, les paroles de Claudel nous laissent sans mot. L’enjeu des changements climatiques a une portée énorme. Tout comme sa messagère.

Photos par Léa Ilardo 

Ce texte et ces photos font partie intégrante de l’exposition «Dans notre face: les transitions», projet collectif réalisé dans le cadre du programme Jeunes leaders pour l’environnement. Cette exposition comprend une série de portraits d’individus, de familles et de leur environnement qui témoignent, à leur manière, que différentes transitions – sociale, culturelle, écologique et politique – sont possibles, et bien vivantes.

Les portraits seront partagés graduellement sur plusieurs plateformes:

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