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Tu aimes penser que tu n’as aucune attente dans la vie. Pour éviter d’être déçue.

Mais au fond, t’en as.

Plein. Trop même.

Mais tu refuses de te l’avouer.

Alors, tu dis aux gens que tu n’en as pas, que tu es déjà désabusée, que tu te forges une carapace.

Et puis là, tu vis ta première action. Un coup de sifflet retenti, tu fais le vide autours de toi. Tu n’entends plus rien, ne serait-ce que les cris des Autochtones. Non, ce ne sont même pas leurs cris que tu entends, ce sont leurs plaintes tranchantes, leur écoeurantite aïgue, leur lassitude face aux pays qui se targuent de respecter leurs droits alors que tout le monde sait que c’est faux.

-«POWER», hurlent-ils.

Et tu te surprends à répéter comme eux. C’est plus fort que toi, tu évacues tout. La pression des derniers jours, ta colère, ton incompréhension, ta haine profonde des climato-passifs, tout y passe.

-«PEOPLE», clament-ils.

Tu renchéries avec la même fougue.

Le pouvoir appartient au peuple. Qu’on nous le rendre.

Les Autochtones continuent de crier, de revendiquer, de se battre. Tu n’avais jamais vu des gens autant animés par une cause, crier avec autant de convictions, avec autant d’amour aussi. D’amour pour eux, pour leur peuple, pour leur nation, pour leur histoire et peut-être aussi un peu d’amour pour l’ONU, à qui ils accordent trop souvent de deuxième chance. Tu es émerveillée, tu voudrais ressentir cette passion aussi crue, aussi vraie pour une lutte, mais tu n’en as pas la force, tu n’en as plus la force.

Tout s’enchaîne rapidement maintenant, tu veux suivre le mouvement, la masse, tu es attirée par cette force invisible, comme Icare est attiré par le Soleil.

La sécurité vous pousse, tu cherches ton collègue, tu ne comprends pas pourquoi on essaie de vous faire taire. Liberté d’expression, l’ONU ne connait pas? Pourtant…

Tu te retrouves dehors, tu te sens réchauffée, pas par le soleil, mais par tous ces valeureux, qui ont poursuivi avec toi, à l’extérieur. Tu es réchauffée par ceux qui ont encore de la rage à sortir, qui n’ont pas fini de parler. Et on t’a toujours dit de ne pas interrompre quelqu’un lorsqu’il parle. Alors, tu te tais et tu écoutes, tu t’abreuves des paroles de tes compatriotes.

-«MAKE CORPORATIONS PAY», crachent-t’ils.

Oui, qu’elles payent. Que les compagnies cessent de faire couler des larmes et du sang sur des territoires qui ne leur appartiennent pas.

Oui, que les compagnies paient leur juste part et contribuent à limiter les réchauffements climatiques.

Et on enchaîne, on nous donne des banderoles, des affiches qui semblent toutes menues dans les mains de gens si grands d’esprit.

On continue de crier, de clamer, toujours plus haut, toujours plus fort.

Et l’impensable survient. L’ONU ferme les portes. Nous sommes enfermées dehors.

Tu sais que tu avais dis au départ que tu n’avais aucune attente, mais tu ne t’attendais quand même pas à ce que l’ONU agisse de la sorte.

Les Autochtones continuent leur litanie et toi tu te demandes ce qu’il advient du reste de ton groupe resté à l’intérieur.

Tu tentes de trouver un autre accès avec ton collègue, rien à faire.

Vraiment, c’est comme ça qu’on traite les gens qui veulent revendiquer? En même temps, est-ce que tu es réellement surpris.e? Martin Luther King, Mandela, John F. Kennedy… eux aussi, ils devaient parler un peu trop fort.

Nous continuons notre marche pour finalement se rendre compte que l’ONU ne s’attend vraiment pas à rire. On nous refuse l’accès pour le restant de la journée.

Un goût amer te reste dans la bouche.

Tu as la rage au ventre. Les yeux pleins d’eau. Tu ne veux pas pleurer, tu ne peux pas pleurer.

De toute façon, on est juste des jeunes, on ne sait pas de quoi on parle, pourquoi il faudrait nous écouter?

De toute façon, ce ne sont que des Autochtones qu’on oppresse depuis des centaines d’années, pourquoi faire différemment maintenant?

De toute façon, ce n’est qu’une Terre aux ressources infinies? Pourquoi repenser toute notre économie et notre modèle de société?

Tu l’as dit, tu n’avais pas d’attentes en venant ici.

Et tu as bien fait.

*À propos de l’autrice: Marie-Clarisse Berger est originaire de Rivière-du-Loup. Elle poursuit ses études en science politique avec une mineure en études hispaniques à l’Université McGill. Marie-Clarisse s’implique activement dans la cause féministe et s’intéresse à l’intersectionnalité des luttes, au gaspillage alimentaire et au véganisme.

Crédit photo: David Tong