ENvironnement JEUnesse conscientise les jeunes du Québec aux enjeux environnementaux, les outille à travers ses projets éducatifs et les incite à agir dans leur milieu.

ENJEU...LIEN du 13 novembre 2015

ENJEU...LIEN

Éditorial

Le déversement : tempête dans un verre d’eau ?

Lecteur, je t’avertis, cet édito sera dense en chiffres et en détails techniques, mais ceci dans un but très précis que j’espère atteindre. Je veux faire l’avocat du diable sur ce sujet qui fait couler de l’encre : le déversement d’eaux usées dans le fleuve. Ainsi, je veux exposer les données principalement prises dans le rapport du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques (MDDELCC) Travaux prévus à l’intercepteur sud-est du réseau d’égout de Montréal en 2015 afin d’évaluer l’impact réel de ce dossier controversé.

Tout d’abord, je veux explorer un principe de gestion de la pollution plus connu sous sa forme anglo-saxonne solution to pollution is dilution (la solution à la pollution est de la diluer). Voyons voir à quel point ceci s’applique au sujet du déversement d’eaux usées dans le fleuve. Il est estimé qu’au total, 8 400 000 m3 d’eaux usées seront déversés dans le fleuve au cours des opérations sur sept jours. Le débit moyen du fleuve est de 8840 m³/s à la sortie des eaux (bon dieu, vous vous rendez compte ! C’est 8,8 millions de litres d’eau douce par seconde !) Ainsi, les rejets d’eaux usées varieront entre 0,12 m3/s à 3 m3/s. Pour mieux visualiser ces chiffres, il s’agirait très vulgairement de dire que la Ville de Montréal va déverser une grosse brouette d’eau usée dans une piscine olympique. Bref, j’avoue que dans cette perspective, c’est moins alarmant qu’il n’en paraît.

Donc, si la quantité n’est pas dramatique, voyons la toxicité (personnellement, j’ai beau mettre un seul grain de mon fameux piment fort dans ma salade, elle reste TRÈS piquante). Selon le rapport du ministère, aucun paramètre n’augmentera suffisamment pour créer un problème. C’est-à-dire qu’aucune matière ne sera en quantité suffisante pour causer un problème à la faune et la flore. Donc ici aussi, selon le rapport du moins, rien d’alarmant, malgré qu’on doit considérer qu’ils veulent en fait dire que les problèmes habituellement engendrés par les rejets de l’usine d’épuration ne seront pas aggravés. De plus, il faut savoir que plusieurs composés chimiques et médicaments ne sont pas échantillonnés, pas plus qu’ils sont traités à l’usine d’épuration. Donc, zone grise…

Autre principe très important : l’effet accumulatif. Comme quoi, mettre une pincée de sel dans mon repas ce n’est pas beaucoup, mais si c’est dans mes nouilles Ramen, ça commence à être trop. Pour rester concis, la faune et la flore sont soumises à toujours plus d’agents perturbateurs. Qu’il s’agisse des polluants, des espèces envahissantes, de la perte d’habitats, des changements climatiques et de toutes autres conséquences qui en découlent, la biodiversité est, dans plusieurs cas, saturée par ces différents stress environnementaux. Ainsi, une augmentation du flux (pour ne pas faire de mauvais jeux de mots) pourrait être la goutte d’eau qui fait déborder… le fleuve. Comme le mentionne la Fondation David Suzuki  : « Chaque année, ce sont plus de 90 milliards de litres d’eaux usées de la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent qui sont déversées dans les lacs et le fleuve. […] Plus de 200 composés chimiques de synthèse ont été répertoriés dans les effluents municipaux au Canada. Les rejets de coliformes, de substances toxiques, médicaments et eaux usées non désinfectées, en provenance de Montréal, Longueuil, Repentigny, détériorent de manière significative la qualité de l’eau sur 125 km entre Repentigny et Sorel. Ces différentes formes de contamination, sans compter les problèmes engendrés par les rejets agricoles, ont [déjà] plusieurs impacts sur la faune, la santé humaine et les différents usages du fleuve comme la baignade.

Je vous présente encore un principe important (surprise !). Dans le domaine de la gestion de la pollution, on fait rarement disparaître la pollution, le plus souvent, on ne fait que la déplacer dans des milieux contrôlés. Ainsi, les rejets qui iront cette fois directement dans le fleuve, que seraient-ils devenus à l’usine d’épuration ? Voyons rapidement le travail de la station d’épuration. Elle traite environ 2,5 millions de m3 d’eau par jour et près de 7,6 millions de m3 en cas de pluie. Les deux premières étapes consistent à filtrer les particules d’une grosseur de plus de 25 mm pour le dégrillage (étape 1) et de 0,15 mm pour le dessablage (étape 2). Dans les deux cas, les particules retenues finissent au site d’enfouissement pour une quantité annuelle de respectivement 750 tonnes et 4 677 tonnes. La troisième étape consiste à retirer les particules en suspension dans l’eau et réduire le phosphore par un processus physico-chimique dont nous nous passerons des détails. Les résidus issus de cette étape seront brûlés à 840 °C et les cendres seront envoyées dans une carrière. Donc, l’usine d’épuration retire les polluants de l’eau, mais elle ne fait que les déplacer dans des carrières. Notons que je préfère voir ces résidus dans des sites contrôlés que dans le fleuve, mais on ne doit pas oublier que cette pollution aurait tout de même existé. Sans compter que des camions doivent déplacer ces boues émettant ainsi des gaz à effet de serre.

Prochain principe, la prévention ! Le MDDELCC évoque dans son rapport sur le projet de déversement que « [l]es travaux d’entretien de l’intercepteur et la construction de la chute à neige sont absolument requis et, s’ils ne sont pas réalisés, il y a des risques de compromettre l’exploitation de la station d’épuration, ainsi que les activités de déneigement au centre-ville de Montréal ». Ce qui entraînerait éventuellement « un arrêt du traitement et le déversement de la totalité des eaux usées de l’île de Montréal, pour une durée indéterminée, au fleuve Saint-Laurent et à la rivière des Prairies ». En gros, s’ils ne font pas les réparations ça ne sera pas jojo.

Mon analyse reste sommaire et il est très possible que d’autres éléments puissent empirer le portrait et aient d’autres impacts. Par exemple, s’il est vrai que le fleuve dilue les eaux, je reste inquiet pour la faune et la flore situées à la sortie des tuyaux. Ainsi, pour le moment, je ne suis pas convaincu que la polémique soit aussi grave qu’elle n’en paraît. Que je sois clair, loin de moi l’idée de vouloir atténuer l’engouement de la population à vouloir protéger leur patrimoine hydraulique. J’en comprends que nous avons besoin d’éléments qui frappent l’imaginaire pour agir, mais nous ne devrions pas avoir besoin d’une catastrophe naturelle pour respecter notre environnement.

Le dernier principe que j’évoquerai ici, le principe de responsabilisation. Nous pourrons toujours critiquer le gouvernement et, dans ce cas-ci, le maire de Montréal. Cependant, au-delà de la qualité de leurs décisions, c’est la responsabilité de tout un chacun de se prendre en main.

-  Jérémie Bourgault

N.B. Les opinions exprimées à travers les éditoriaux du bulletin électronique L’ENJEU...LIEN ne sont pas nécessairement celles d’ENvironnement JEUnesse, elles n’impliquent que l’auteur(e).

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