Le gouvernement canadien souffre d’ « irrespect » chronique

Par Emmanuel Précourt Senécal, journaliste
5 décembre 2011

Déjà une semaine que la 17e conférence sur les changements climatiques est commencée à Durban. Le gouvernement du Canada a tristement occupé le devant de la scène pour ses positions insultantes contre les fondements des négociations, ses homologues internationaux et ses propres citoyens. Avant, on le souhaite, de passer à autre chose pour cette semaine, faisons un ultime retour sur l’irrespect chronique du gouvernement.

Le Canada trahi sa parole

On savait déjà que le Canada avait décidé d’abandonner ses engagements de réduction des gaz à effet de serre pour 2008-2012. Ce geste inédit dans le monde constituait en soi une source importante de honte pour le Canada. En effet, il est le seul État à avoir abandonné ses objectifs de la sorte. Plusieurs pays ont atteint et même dépassé leurs cibles de réduction et même ceux qui n’y sont pas parvenu ont au moins essayé sérieusement. C’est le cas du Japon qui est presque arrivé à respecter ses engagements pris sous Kyoto et qui a l’intention de compenser en achetant des crédits de carbone.

Mais non seulement le Canada a jeté la serviette, mais en plus le ministre Peter Kent a affirmé que peu importe la pression internationale, le Canada ne prendrait pas de nouveaux engagements sous Kyoto pour l’après 2012 et qu’il flirte maintenant très sérieusement avec l’idée de quitter officiellement le traité en reniant sa signature. Quitter un traité déjà signé est un geste grave et lourd de conséquence. Peu importe les circonstances, cela entraîne nécessairement une perte de crédibilité aux yeux de la communauté internationale.

Les principes de la Convention bafoués

La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est fondée sur plusieurs principes cherchant à assurer l’équité, mais aussi protéger le développement des pays pauvres. Le ministre Peter Kent en a ouvertement bafoué plusieurs lorsqu’il a dit que les États du Sud s’attendaient à des « paiements de culpabilité ». Il faisait par là référence au concept de responsabilité commune, mais différenciée, c’est-à-dire la reconnaissance que certains pays ont jouée un plus grand rôle dans les changements climatiques et devraient être les premiers à faire preuve de leadership pour y faire face. Restreindre ce concept fondateur à un simple prétexte des pays émergents pour arracher de l’argent est une gifle au visage des États du Sud qui en font souvent beaucoup plus que lui pour combattre les changements climatiques.

Des partenaires ridiculisés

Comment peut-on négocier avec un État qui annonce à l’avance qu’il ne sera pas ouvert à nos idées ? Voici le dilemme auquel les pays du Sud doivent se frotter lorsqu’ils discutent avec le gouvernement canadien. En effet, le ministre Peter Kent a annoncé très clairement qu’il venait à Durban pour y jouer dur avec les pays émergents. Dans le monde diplomatique, il existe de meilleures façons de se faire des amis. Certains pays accueillent d’ailleurs très mal l’attitude cavalière du Canada et il s’est déjà fait critiquer par plusieurs États, notamment la Chine. Cette dernière critique d’ailleurs en bonne position puisqu’elle a accepté pour la première fois de se plier à un traité contraignant.

Contre la volonté de ses citoyens

Pire encore, c’est à sa propre population que le gouvernement manque de respect. Il a d’abord décidé d’être la seule voix de la population canadienne à Durban en refusant d’inclure des représentants des autres partis politiques. Peter Kent a même affirmé qu’il « n’avait vu, et n’espérait, aucun commentaire utile de la part des critiques de l’opposition en environnement à propos de ce qui serait pour lui une conférence difficile. »

Pourtant, sa position sur les changements climatiques reste minoritaire. Dans un récent sondage d’Environics Research Group, 56% des Canadiens disaient souhaiter que le Canada fasse partie d’un accord pour lutter contre les changements climatiques. Le gouvernement va donc à contre-courant de ses propres citoyens qui doivent maintenant vivre avec la honte d’être représenté comme des parias au sein de la communauté internationale.

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