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Le discours des entreprises à la CdP 21, entre sincérité et hypocrisie

11 décembre 2015

Ce texte a été rédigé par Guillaume Rivest, membre de la délégation de l’Université de Sherbrooke à la CdP21. Dans le cadre de cette conférence, ENvironnement JEUnesse et l’Université de Sherbrooke collaborent afin de permettre à des étudiants universitaires de suivre les négociations internationales sur les changements climatiques. Cet article est le troisième d’une série de cinq dans l’objectif de jeter un regard nouveau et accessible sur la conférence de Paris.

Depuis le début de la Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques à Paris (CdP 21), l’attention médiatique est concentrée autour des discours de certains présidents et ministres charismatiques, des impressionnantes délégations nationales et des négociateurs jouant sur les mots pendant des heures derrière des portes closes. En filigrane de tout ce brouhaha médiatique, les entreprises, bien présentes à la CdP 21, enchainent les discours exprimant leurs volontés de prendre un virage vert.

Durant cette importante conférence, plusieurs initiatives ont été lancées afin de favoriser la mise en place d’un cadre visant à pousser les entreprises à agir de façon plus environnemental et responsable.

Les bonzes de la finance, Michael Bloomberg et Marc Carney, ont lancé une initiative visant à intégrer les risques environnementaux qui menacent certaines entreprises dans leurs indices boursiers. Parallèlement, la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, le président mexicain, Enrique Peña Nieto et plusieurs autres ont officiellement lancé une « Carbon Pricing Coalition ». Ce groupe a la volonté de placer un prix universel sur le carbone. Finalement, le World Business Council for Sustanaible Developement (WBCSD) et l’International Emissions Trading Association (IETA) ont tenu tout au long de la CdP 21 une série de conférences au court desquels plusieurs chefs d’entreprises affirmaient que le monde des affaires était désormais prêt à effectuer le virage vert.

Le but de ce genre de mesure : internaliser dans les coûts des biens et services les externalités environnementales. Bref, envoyer un signal de prix aux consommateurs dans lequel sont intégrés les dégâts causés durant la production de ce qu’ils achètent. Cependant, il reste pertinent de se poser quelques questions. Est-ce que le discours environnemental des compagnies est cohérent avec leurs pratiques effectives ?

En effet, plusieurs observateurs soulignent l’ambivalence du discours des chefs d’entreprises présents à Paris. Même si plusieurs multinationales, y compris certaines pétrolières, se sont prononcées en faveur d’un prix sur le carbone, cet appui reste conditionnel au fait que ce prix devrait être universel pour éviter une perte de compétitivité.

Comme l’a souligné Cécile Renouard lors d’une conférence parrainée par la Fondation Nicolas Huot, cette position pourrait être hypocrite dans la mesure où ses entreprises savent pertinemment que le monde est encore très loin d’un prix universel sur le carbone. De plus, la spécialiste française souligne que les compagnies qui se cachent derrière l’absence de prix du carbone pour justifier leurs inactions auraient plusieurs autres moyens à leurs dispositions pour améliorer leurs bilans environnementales.

D’ailleurs, la reconnaissance même du prix sur le carbone à l’intérieur des accords de Paris est un sujet de litige ici. Dans la version préliminaire de l’accord, un paragraphe était dédié à cette question sous l’article 6. Aujourd’hui, ces mentions ont été reléguées dans la section décision. Autrement dit, l’accord de Paris ne traitera pas de cette question.

De toute façon, avant d’espérer un changement réel et effectif de l’attitude environnementale des grandes multinationales, il faudra beaucoup de changement à plusieurs niveaux. Les politiques publiques des différents États devront être cohérentes avec l’urgence climatique. Les subventions accordées aux entreprises pétrolières sont un exemple frappant d’incohérence politique.

Finalement, rappelons-nous que les compagnies répondent aux besoins des consommateurs. Avant d’exiger une attitude plus responsable de la part des grandes multinationales, l’individu devra lui aussi adopter une pratique cohérente de par ces choix de consommation. Bref, un grand travail reste à faire.

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