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La conférence des lobbys

Par Alex Cool-Fergus
8 décembre 2014

La première semaine de la conférence de Lima (COP20) a été riche en apprentissages. Avec la Délégation jeunesse canadienne, nous avons forgé des liens avec d’autres délégations jeunesse, appris comment naviguer les rencontres interminables et préparé notre stratégie pour les prochains jours.

Un élément intéressant de mes journées est la rencontre quotidienne avec des représentants du gouvernement canadien. Lors de ces rencontres, ceux-ci résument les éléments-clés de leurs positions et répondent aux questions des gens qui sont présents. Jusqu’à maintenant, ils ont très peu révélé sur les positions qu’ils adopteront lors des négociations, préférant contourner les questions les plus difficiles. Malheureusement, ce n’est pas surprenant que la délégation fédérale agisse ainsi ; toutefois, quand on la compare avec d’autres délégations nationales, c’est gênant. Au contraire de plusieurs pays plus progressistes, le gouvernement canadien ne veut rien savoir de la société civile au niveau de l’élaboration de ses politiques.

Une seconde découverte assez choquante lors de cette première semaine de la COP20 est la présence importante de grandes corporations pétrolières. Les industries-même qui perpétuent les changements climatiques proposent actuellement des « solutions » à la crise. On peut être certain qu’ils ne sont pas là pour promouvoir la fin des énergies fossiles. Effectivement, lors d’un panel du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) – le corps scientifique international le plus influent au niveau des changements climatiques, un représentant de Shell a donné une présentation où une des conclusions majeures était que le désinvestissement des énergies fossiles n’est pas une solution aux changements climatiques. Eh oui ! Selon Shell, il faudrait plutôt miser sur le captage et le stockage de carbone (CCS), une méthode coûteuse et inefficace de séquestrer une partie des émissions de gaz à effet de serre (GES) émis par des centrales énergétiques (surtout les centrales de charbon). La théorie est qu’il ne faut pas cesser d’émettre du carbone, il faut simplement en enlever de l’atmosphère. En utilisant le CCS, il serait encore possible de brûler le peu de pétrole qu’il reste sur la terre tout en sauvant l’environnement ! Hummm…

Alors qu’il est fort difficile pour des représentants de la société civile de participer à la COP20, l’industrie, elle, est promue et applaudie par certaines délégations. Ce n’est donc pas surprenant lorsque des pays proposent des mesures qui ne contribuent aucunement à réduire les émissions de GES. Pire encore, ils utilisent parfois des fonds normalement dédiés aux initiatives d’adaptation aux changements climatiques dans des pays en développement à des fins douteux comme le développement d’industries méga-polluantes.

Comme nous l’avons vu avec le document de TransCanada au mois de novembre, le lobbying occupe une grande place dans notre société. À la COP20, que je croyais être plutôt fermée à ce genre d’intérêts, il est fascinant de constater à quel point sa portée est large. Les intérêts des lobbys d’industries extractives sont trop représentés ici au détriment des besoins urgents des communautés subissant les impacts d’un climat en crise. Vous comprendrez donc mon découragement face à ce processus qui est plus ou moins légitime.

Alex Cool-Fergus

Originaire de Gatineau, Québec, Alex Cool-Fergus a étudié à l’Université de Sherbrooke au baccalauréat en études de l’environnement. Avec la Délégation jeunesse canadienne, elle prendra part à la conférence de Lima sur le climat (COP20). En 2011, Alex a eu la chance d’être bénévole dans un organisation non gouvernementale (ONG) environnementale à Yellowknife, ce qui a allumé son désir de dévouer sa vie au domaine prestigieux de l’activisme (haha !). Depuis ce temps, elle a entre autres participé à la fondation de la Coopérative de vélos La Déraille et œuvré au sein de l’organisme Campus Durable à l’Université de Sherbrooke.

Photo : La présentation de Shell lors d’un panel du GIEC, courtoisie de Megan Van Buskirk

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