Bannir les sacs de plastique : opportunités à saisir et application possible pour tout le Québec

Amélie Côté, membre d’ENJEU et blogueuse à Bric à bacs
17 décembre 2015

Beaucoup d’encre a coulé depuis l’adoption par la communauté métropolitaine de Montréal (CMM) d’une résolution pour le bannissement des sacs de plastique le 10 décembre dernier. Près de la moitié de la population du Québec sera touchée par cette décision, qui prendra effet en avril 2018. Certains critiquent le délai d’application (plus de 2 ans comparativement à la France qui le fait pour tout son territoire en moins d’un an), et d’autres remettent en question la pertinence d’une telle mesure. Mais généralement, on peut dire que l’accueil semble plutôt positif.

À l’origine, un mandat a été donné par le maire de Montréal à la Commission permanente sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs de la ville de Montréal pour étudier la question. Le 8 décembre, la Commission a présenté les résultats de ses travaux à la suite des consultations publiques qui ont eu lieu au printemps dernier. Douze recommandations liées à ce dossier ont été adoptées par le conseil municipal cette semaine. On retrouve parmi celles-ci le bannissement des sacs de plastique légers – incluant les sacs oxo-bio dégradables, fragmentables et dégradables – pour l’ensemble des commerces de détail de la ville de Montréal à compter du 22 avril 2018.

Pourquoi les sacs biodégradables sont-ils aussi bannis ?

  • Ils sont faits à partir de plastique. Leur fragmentation mène donc aussi à une accumulation de plastique dans l’environnement.
  • Ils ne sont pas recyclables et cela mène souvent à confusion. Une grande quantité de ces sacs se retrouve dans les centres de tri, et contaminent les autres plastiques recyclables.
  • Enfouis, ils ne rencontrent pas les conditions optimales pour se dégrader rapidement (cela prend de l’oxygène et de la lumière).




Au-delà de la première proposition... il y en a 11 autres !

Plusieurs autres propositions viennent teinter la manière dont s’articulera le bannissement, et sont passées sous silence. Parmi celles-ci, on parle de mandater la ville de Montréal pour faire pression auprès du gouvernement pour une application du bannissement à l’échelle de la province. Rappelons que plusieurs États ont emboîté le pas, notamment 28 pays d’Afrique. Plus près des chez nous, les villes de Huntington, Saint-Anselme et Sainte-Martine ont banni les sacs de plastique depuis plusieurs années déjà.

Qu’est-ce qu’un bannissement des sacs de plastique à l’échelle du Québec permettrait de faire en plus ? Voici quelques éléments de réponse.


Les implications d’un bannissement provincial

Dans les mesures prévues par la ville, la gestion des sacs réutilisables est laissée au libre arbitre des commerçants. La résolution de la CMM est d’ordre beaucoup plus général et n’aborde pas ces détails. Or, il existe un risque de transfert de la consommation vers un trop-plein de sacs réutilisables. Ces sacs, bien que plus durables, ont un impact environnemental supérieur à celui des sacs de plastique si on ne les utilise pas à leur juste mesure. Ils sont composés de divers matériaux (tissus, amalgame de plastiques, etc.) et ne sont pas recyclés à l’heure actuelle. Il faut les réutiliser entre 4 et 131 fois pour qu’ils soient moins dommageables pour l’environnement que les sacs de plastique, selon l’analyse de cycle de vie réalisée par le Centre international de référence pour le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). Voilà autant de raisons pour les réutiliser un maximum et éviter qu’ils ne soient utilisés qu’à court terme.

Selon le Règlement sur la récupération et la valorisation de produits par les entreprises, les producteurs des produits désignés (comme c’est le cas pour les appareils électroniques, la peinture, les huiles, etc.) ont l’obligation de déclarer la quantité de produits mis en marché et de mettre en place un système pour qu’ils soient recyclés selon les normes établies. Si les sacs réutilisables étaient visés par la responsabilité élargie des producteurs, cela impliquerait une obligation d’atteindre des objectifs de recyclage des sacs réutilisables.


Il s’agit donc d’un dossier à suivre... !


Une mesure qui permet de sensibiliser à la consommation

Comme l’abolition des sacs de plastique arrivera inévitablement à nos portes (ou aux portes de près de la moitié de la population du Québec), pourquoi ne pas réfléchir aux opportunités que cette mesure créera ? Cette réglementation pourra peut-être agir comme levier de conscientisation par rapport aux impacts environnementaux d’un mode de vie consumériste non averti ?

L’abolition des sacs de plastique sera inévitablement source de réflexion, puisqu’il s’agit d’un produit d’usage quotidien. Plus de sacs, cela veut dire que l’on doit prévoir une alternative (un sac à dos, sac réutilisable réutilisé, ou encore nos mains pour des petites courses). Prévoir, voilà une étape nécessaire lorsque l’on souhaite se lancer dans un mode de vie zéro déchet.


S’il s’agit d’un moyen intéressant de sensibiliser la population sur ses habitudes de consommation et son mode de vie, le bannissement est loin d’être une fin en soi. L’objectif, c’est encore de réduire à la source !

Amélie Côté, membre d’ENJEU et blogueuse à Bric à bacs

SAR présenté par RECYC-QUÉBEC CPE durable Cégep vert du Québec
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